

Bientôt disponible

- 21 AOÛT 2026
- 29 morceaux
Albums indispensables
- The Tragically Hip a beau être la grande fierté de Kingston, en Ontario, il n’est pas exagéré d’affirmer que cette institution du rock canadien largement connue et adorée a en fait vu le jour à La Nouvelle-Orléans. Avant d’enregistrer leur deuxième album, les Hip étaient renommés comme un groupe de bêtes de scène saturé de sueur et de boucane. En 1990, ils se sont rendus au nouveau studio de Daniel Lanois à La Nouvelle-Orléans – avant même qu’il soit baptisé Kingsway Studio – pour enregistrer leur dernière fournée de titres éprouvés sur scène avec Don Smith, le producteur de Tom Petty. C’est pendant leur séjour dans le Sud des États-Unis que les musiciens ont commencé à ajouter à leur rock « rollingstonesque » des grooves funk, des rythmes jazzés, des jams hypnotiques et des bidouillages studio, tandis que le charismatique chanteur Gord Downie cultivait avec acharnement son approche lyrique aussi poétique que singulière. « Quand on a commencé à créer Road Apples, on avait beaucoup plus confiance en nos moyens comme formation et comme musiciens, et ça nous a permis de repousser nos limites », raconte le guitariste Rob Baker à Apple Music. « On sentait qu’on progressait vraiment en tant que groupe. » Quand Road Apples a été lancé en février 1991, plusieurs des pièces préférées des fans – notamment « Crack My Spine Like A Whip », avec laquelle la bande ouvrait tous ses spectacles – ne figuraient pas sur l’album (et allaient demeurer inédites jusqu’en mai 2021, avec la parution du EP Saskadelphia). La raison est simple : Road Apples marquait un tournant, le moment où The Tragically Hip a cessé de voir ses albums comme une version studio de ses spectacles, mais plutôt comme un média en soi. Bien que l’album contienne certains des morceaux les plus purement rock du groupe, comme l’incontournable « Little Bones », l’énergie de la formation est doublée d’un intellect tout aussi féroce. Pour la première fois, Downie était l’unique auteur des textes, et The Tragically Hip est devenu l’un des rares pourvoyeurs de rock aux riffs tranchants portant des propos incroyablement variés, entre disputes politiques dans une petite ville ontarienne (« Born In the Water ») et mort mystérieuse de peintres célèbres (« Three Pistols »). Si Road Apples laissait présager que Gord Downie trônerait éventuellement dans L’Encyclopédie canadienne, celui-ci y brillait déjà comme l’un de nos auteurs de ballades les plus vulnérables et touchants, comme en font foi la mélancolique « Long Time Running » et la déchirante « Fiddler’s Green », une élégie dédiée à son neveu, Charles Gillespie, mort à l’âge de cinq ans d’une maladie cardiaque congénitale en 1989. « Road Apples me ramène à une époque super cool pour le groupe où l’avenir était encore très incertain », confie Baker, « mais on était très concentrés, déterminés et en contrôle de nos moyens. » Pour son 30e anniversaire, l’album a été réédité en version bonifiée, incluant plusieurs chansons inédites réunies sous le titre Hoof-Hearted. Baker et le batteur Johnny Fay nous proposent un voyage dans le temps et l’espace pour nous présenter chacune des pièces du projet qui a permis à The Tragically Hip de sortir du circuit des bars canadiens pour remplir des arénas. Little Bones Rob Baker : « C’est probablement à cause de “Little Bones” que “Crack My Spine Like A Whip” ne s’est pas retrouvée sur l’album : c’est deux chansons avec un niveau d’énergie incroyable. On était à La Nouvelle-Orléans quand [le bassiste] Gord Sinclair a trouvé ce riff à la guitare, et on peut l’entendre sur Hoof-Hearted, l’album boni du coffret. C’est une jolie pièce acoustique toute délicate et Gord Downie a juste chanté tout naturellement : “Eat that chicken slow/It’s full of all those little bones” [librement : “Mange ton poulet doucement/Il est plein de tous ces petits os”]. Tout est parti de ce petit bijou. Pendant l’enregistrement, Don Smith faisait semblant d’être sur un cheval de course sur sa chaise parce qu’on jouait avec beaucoup d’entrain. » Johnny Fay : « Don a vraiment fait un travail remarquable là-dessus. Dans mon cas, il m’a encouragé à jouer d’une manière dont je n’avais jamais été capable. Il me demandait de lever mon bras de la même façon que Charlie Watts quand je frappais la caisse claire. Ç’a pris une couple d’heures avant que j’y arrive, mais j’ai plus jamais joué de la même façon après. » Twist My Arm RB : « “Twist My Arm” et “Cordelia” sont nées pendant un jam que Johnny et moi on avait organisé dans le garage chez ses parents. On enregistrait tout sur cassette. Je me souviens m’être dit qu’il fallait qu’on ponde quelques chansons et on a travaillé sur ces deux-là. Quand on les a présentées au groupe, elles avaient des changements de tempo, des sections différentes, et on a dit aux autres : “Voilà!” Et paf! tout le monde a commencé à jouer comme s’ils connaissaient déjà la musique! » Cordelia RB : « Il y avait une chanson intitulée “Leatherman” qui était la base de “Cordelia”, et il y avait aussi “Angst On The Planks” qui a également fini sur Hoof-Hearted. “Cordelia” est un amalgame de ces deux morceaux-là. On avait tous les bons éléments, mais il manquait un petit quelque chose. Un soir, on était en coulisse au Rockefellers à Houston, je grattais ma guitare et j’ai trouvé ce riff, “dah-dah-daahh-dun-dun-dun”, et je savais que c’était la dernière pièce du casse-tête. Ces deux mesures ont bouclé la boucle. » JF : « Neil Peart adorait le texte de “Cordelia”. Il est venu nous voir au Massey Hall [à Toronto], la salle où Rush a enregistré All the World’s a Stage [un album en concert paru en 1976]. C’était surréaliste de le voir là. Il adorait Gord et Gord l’adorait. Je me souviens avoir entendu Neil poser des questions à Gord au sujet des paroles de “Cordelia” et j’ai trouvé ça tellement cool! » The Luxury RB : « Dès nos débuts, on jouait des jams très lousses et jazzés, c’est le genre de trucs qu’on aimait. Les textes, eux, faisaient beaucoup référence à la vie en tournée. Il y a tellement de chansons sur nos premiers albums qui sont inspirées par des panneaux routiers ou des endroits qu’on a visités. » Born In the Water RB : « J’aimais beaucoup le boogie rock des années 70. C’est un art qui se perd et j’avais envie d’écrire quelque chose dans la même veine. La chanson qui m’a donné le goût de sérieusement apprendre à jouer de la guitare, et c’est même pas une si bonne chanson que ça, c’est “Dance Little Sister” des Stones. Keith [Richards] joue ce gros riff bien gras tout le long, mais si tu écoutes bien en arrière-plan, tu as Mick Taylor qui joue un solo boogie autour de l’accord central pendant toute la pièce. J’adorais ça! » Long Time Running RB : « C’est Gord Sinclair qui a trouvé ce riff. C’est un de ces morceaux où il nous a appris le riff de base, et après deux ou trois essais, tout le monde avait trouvé comment jouer la chanson. Est-ce qu’on savait d’avance que cette pièce toucherait les gens? Pas vraiment. Mais elle est venue nous chercher nous, en tout cas. » Bring It All Back JF : « Gord Sinclair et moi on a joué la base de ce morceau avec une guitare guide. [Le guitariste] Paul Langlois l’a sauvée en y ajoutant un “upstroke” sur la cinquième au lieu de la quatrième. Un de nous avait mal compté ses temps et ç’a donné une de ces heureuses petites erreurs qui sont tout simplement géniales. » Three Pistols RB : « Je me rappelle avoir travaillé sur celle-là dans un chalet sur l’île Wolfe [près de Kingston]. Quand on l’a testée sur scène, on a tout de suite su qu’on tenait quelque chose parce que les gens réagissaient beaucoup, sauf qu’il y avait quelque chose qui clochait avec le riff. Au début, elle avait juste trois accords au lieu de quatre, et la seule chose qu’on a changée, c’est la guitare. Le texte était pas mal coulé dans le béton. » Fight RB : « “Fight”, “Ouch” et “Montreal” ont toutes été créées en une journée de travail chez mes parents. On s’est installés dans la salle à manger, c’est la seule fois qu’on a fait ça, et on est repartis de là avec trois chansons. Je me souviens avoir joué “Fight” un nombre ridicule de fois pendant qu’on était en studio. Ça arrive que t’as l’impression que t’as joué le même solo trop souvent et l’envie te prend d’explorer de nouvelles directions, mais tu te rends compte qu’au lieu de te rapprocher du but, tu t’en éloignes. » On the Verge RB : « “Crack My Spine” a été conçue pour ouvrir un spectacle et “On the Verge” pour le conclure. L’idée, c’est qu’on la jouait de plus en plus vite jusqu’à ce que ça finisse en cacophonie. » Fiddler’s Green RB : « Quelle expérience émotionnelle! On comprenait tous la gravité du sujet de la chanson. Je pense qu’on savait tous qu’on ne jouerait pas celle-là en spectacle, et c’était très bien comme ça. » JF : « Je me souviens plus clairement de l’enregistrement de “Fiddler’s” et de “Unplucked Gems” que de celui des autres morceaux de cet album. Celui de “Fiddler’s” a été très solennel. [L’accordéoniste invité] Malcolm Burn est venu nous voir, sa blonde venait tout juste d’accoucher de leur petite fille, et il a fini par jouer sur cette chanson ce soir-là. » The Last of the Unplucked Gems RB : « Ce jam-là est né dans un espace de répétition qu’on avait loué dans le 9th Ward à La Nouvelle-Orléans. Avant de commencer à enregistrer, on a voulu s’acclimater à la ville et on s’est installés dans cet entrepôt en bois où il devait faire 40 degrés Celsius. C’est là qu’on a écrit “Little Bones” et “The Last of the Unplucked Gems”. On l’a jouée et rejouée et Gord jonglait avec quelques couplets qu’il réarrangeait au gré de son inspiration. Au final, Don et [le responsable du mixage] Bruce [Barris] ont rapiécé une version finale. À la fin d’une des prises, le ruban de deux pouces s’est détaché de la bobine et on a trouvé que c’était un effet très cool qu’on a eu envie d’utiliser pour conclure l’album. Évidemment, s’il n’y a plus de bande, on ne peut pas enregistrer le son, alors ils l’ont enregistré avec une autre bande et on l’a ajouté à la fin de la chanson pour illustrer que c’était fini. »
- Quelques notes d’une voix plaintive s’étirent, les sons épars d’une guitare languide se réverbèrent : la table est mise pour ce cinquième effort du groupe de Kingston, Ontario. La formation de Gord Downie y expose parfaitement son adresse à concevoir des hymnes rock qui montent sans cesse en intensité, jouant de l’apaisement pour mieux partir en vrille au refrain suivant. Chansons-exutoires, qui ne renient pas l’humour, les 12 pièces de Trouble At the Henhouse sont dominées par le succès « Ahead By a Century » où, encore une fois, la voix torturée du chanteur sert parfaitement le drame du texte.
Playlists de l’artiste
- Une voix captivante portée par des mélopées folk rock ferventes.
Singles et EP
Albums live
Compilations
À propos de : The Tragically Hip
L’œuvre de The Tragically Hip est si ancrée dans l’identité canadienne qu’elle pourrait servir de test de citoyenneté. Pour les gens au nord du 45e parallèle, The Hip, comme on l’appelle familièrement, est plus qu’un groupe, c’est une partie de l’inconscient collectif. Ses chansons célèbrent des villes ontariennes (« Bobcaygeon »), l’auteur des Deux solitudes (« Courage (For Hugh MacLennan) »), l’horizon infini des Prairies (« Wheat Kings ») ou un joueur des Maple Leafs (« Fifty-Mission Cap »). Pas étonnant que l’ultime concert de la formation, donné dans sa ville natale de Kingston, ait été baptisé A National Celebration. Le 20 août 2016, près de 12 millions de personnes au pays regardent en direct le chanteur Gord Downie et ses amis du secondaire (le bassiste Gord Sinclair, les guitaristes Rob Baker et Paul Langlois, le batteur Johnny Fay) faire leurs adieux à la scène. L’histoire d’amour entre The Tragically Hip et son public remonte au premier album, Up To Here (1989). Avec son mélange de blues, d’alternatif, de folk et de bon vieux rock et une poésie sensible, parfois décalée, portée par la voix sauvage et passionnée de Downie, le groupe enfile les succès nationaux : de son grand classique Fully Completely (1992) au touchant Man Machine Poem (2016), sorti alors qu’on apprend que Downie est atteint d’un cancer du cerveau, la flamme ne vacille jamais. Depuis la mort du chanteur en 2017, on pourrait même dire qu’elle brille plus fort.
- DE
- Kingston, Ontario, Canada
- FORMATION
- 1983
- GENRE
- Rock